Néolatin 2024 : Sylvie Laigneau-Fontaine (Université de Bourgogne)

Néolatin 2024 : Sylvie Laigneau-Fontaine (Université de Bourgogne)

🎙 Sylvie Laigneau-Fontaine (Université de Bourgogne) 👥 125 📅 16 avril 2025 ⏱ 66 min 👁 180 📄 revue de littérature 🧭 2026-10-09
Disponible en : Français (actuel) English

Mots-clés

Thomas Moreépigrammes latineshumanisme renaissantBeatus Rhenanustraduction néolatine

Résumé

La communication porte sur les épigrammes latines de Thomas More, écrites entre 1509 et 1519, publiées en 1518 avec la troisième édition de l’Utopie chez Froben à Bâle, puis reprises en 1520 dans une édition augmentée et remaniée qui sert de base à la traduction française en cours. L’oratrice rappelle d’abord la biographie de More, sa carrière juridique et politique, son amitié avec Érasme et John Colet, puis sa rupture avec Henri VIII et son exécution en 1535. Elle décrit ensuite la structure du recueil de 1520 : une épître dédicatoire de Beatus Rhenanus à Willibald Pirckheimer, qui expose les critères du genre épigrammatique (argutia, brevitas, sel, pointe finale) et raconte l’anecdote des lecteurs ayant pris l’Utopie pour un récit de voyage authentique ; puis les Progymnasmata, dix-huit pièces où More rivalise avec William Lily pour traduire des épigrammes de l’Anthologie grecque ; puis une lettre dédicatoire à Henri VIII ; puis les épigrammes proprement dites. Elle analyse longuement la pièce 19, éloge du couronnement d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon, qui déploie tous les topoï de la rhétorique épidictique et célèbre l’avènement d’un âge d’or libéral, ainsi que la pièce 23 sur la réunion des deux roses. Elle passe ensuite en revue la veine satirique du recueil : astrologues trompés, médecins voleurs et incompétents, prélats ignorants, femmes caricaturées, avant d’aborder les conseils au jeune époux et la question de la culture féminine.

233 mots

Évaluation critique

Valeur des informations & solidité de l’argumentation

La valeur informative est élevée : la communication ne se contente pas de résumer un corpus, elle en expose la genèse éditoriale précise (1518 chez Froben avec la troisième édition de l’Utopie, 1520 en édition séparée remaniée, base de la traduction), la structure interne et les principes de composition. L’oratrice situe constamment les pièces dans leur horizon d’attente générique, en montrant que More se conforme au canon de l’épigramme renaissante tout en le travaillant : reprise du jeu de mots Medicus/Mendicus attesté chez Plaute, imitation serrée de la fable 57 des Fables d’Ésope dans l’épigramme 222, exploitation de l’allusion érudite (le nom d’Hythlodée, expert en balivernes, comme clé de lecture de l’Utopie). L’argumentation progresse par accumulation d’exemples traduits et commentés, ce qui donne au propos une densité démonstrative réelle. La dimension réflexive est notable : l’oratrice présente son travail comme inachevé, signale les passages où sa traduction hésite, distingue ce qui relève de la convention rhétorique de ce qui pourrait être une inflexion personnelle de More, et reconnaît explicitement deux points qu’elle n’a pas élucidés (la mention de la culture d’Eurydice, l’identité de la jeune fille contemporaine louée à la fin de l’épigramme 143). Cette honnêteté philologique, plutôt qu’une faiblesse, constitue un gage de sérieux : elle délimite le certain et l’hypothétique au lieu de les confondre. On peut regretter que la démonstration reste parfois allusive pour un auditoire non latiniste, certaines citations n’étant lues qu’en traduction sans que le texte latin soit systématiquement repris, et que l’analyse littéraire cède parfois le pas à la simple paraphrase des pièces.

Rigueur scientifique, qualité des sources, adéquation du titre

La rigueur scientifique est celle d’une communication de colloque universitaire : les textes sont cités dans leur édition de référence (Complete Works of Thomas More, Yale University Press, pour l’édition de 1520), les théoriciens du genre sont nommés avec leurs œuvres et leurs dates (Robortello, Art poétique, 1538 ; Scaliger, Poetices libri septem ; Maurice de La Porte, Épithètes, 1571 ; Ménandre pour les catégories de l’éloge), et les sources antiques sont identifiées précisément (Plaute, Rudens, v. 1304-1306 ; Ésope, fable 57 ; II Corinthiens pour la citation paulinienne sur la lettre qui tue). L’appareil érudit est donc solide et vérifiable. Les sources modernes mobilisées sont également nommées : Marie-Claire Phélippeau comme responsable du projet de traduction collective chez Bouquins, Guillaume Navaud pour sa traduction de l’Utopie parue en 2012 au Livre de Poche, dont l’anecdote sur l’évêque réclamant l’évêché d’Utopie est rapportée avec attribution. L’adéquation entre le titre et le contenu est parfaite : le titre identifie l’intervenante et le cadre du colloque, et la communication traite bien du sujet annoncé, la poésie néolatine de Thomas More. Aucun commentaire n’étant fourni, aucune analyse des tendances du public n’est proposée.

464 mots

Adéquation titre / contenu

Le titre annonce une intervention de Sylvie Laigneau-Fontaine dans le cadre du colloque Néolatin 2024 ; le contenu correspond exactement, puisqu'il s'agit de sa communication sur la poésie néolatine de Thomas More.

Qualité & fiabilité

8/10

Communication savante d'une spécialiste reconnue, appuyée sur l'édition critique de référence (Complete Works of Thomas More, Yale University Press) et sur l'édition de 1520 de Froben. Les citations latines sont traduites et contextualisées, les sources théoriques (Robortello, Scaliger, Maurice de La Porte, Ménandre) sont nommées avec leurs dates. Réserve : il s'agit d'un travail de traduction en cours, l'oratrice signale elle-même plusieurs points d'incertitude (allusion à Eurydice, identité de la jeune fille contemporaine, coquille dans le protocole du texte latin).

Moments clés

Repères établis par PSI à partir de la transcription : le créateur n'a pas défini de chapitres.

Sources citées

  • Complete Works of Thomas More, Yale University Press — Édition de référence contenant le texte de 1520 des épigrammes latines, base de la traduction présentée.
  • Édition des épigrammes latines de Thomas More, Froben, Bâle, 1520 — Édition princeps remaniée du recueil, publiée avec les épigrammes latines d'Érasme, servant de base à la traduction.
  • Guillaume Navaud, traduction de L'Utopie de Thomas More, Le Livre de Poche, 2012 — Source de l'anecdote sur les lecteurs ayant cru à un récit de voyage authentique et sur l'évêque demandant l'évêché d'Utopie.
  • Marie-Claire Phélippeau, projet de traduction des œuvres de Thomas More, collection Bouquins — Projet collectif de traduction française dans lequel s'inscrit le travail présenté sur les épigrammes.
  • Maurice de La Porte, Épithètes, 1571 — Liste d'adjectifs caractérisant le genre épigrammatique à la Renaissance, citée pour situer les pièces de More.
  • Robortello, Art poétique, 1538 — Théoricien italien valorisant la douceur comme qualité de l'épigramme.
  • Scaliger, Poetices libri septem — Théoricien valorisant le sel et la pointe, rapprochant l'épigramme du modèle de Martial.
  • Plaute, Rudens, v. 1304-1306 — Source du jeu de mots Medicus/Mendicus repris par de nombreux épigrammatistes de la Renaissance.
  • Ésope, Fables, fable 57 — Source directe de l'épigramme 222 sur le médecin voleur, dont More retire la morale.
  • Érasme, Adages, adage 3414 — Explication de l'expression « à la manière d'un portelance » employée par Beatus Rhenanus.

Sources concordantes

  • Complete Works of Thomas More, Yale University Press — Édition savante de référence, citée par l'oratrice comme base textuelle de sa traduction.
  • Guillaume Navaud, traduction de L'Utopie, Le Livre de Poche, 2012 — Traduction moderne confirmant l'anecdote de la réception littérale de l'Utopie au XVIe siècle.

Apport & nouveautés

L’apport principal réside dans la présentation d’une traduction française inédite et intégrale des épigrammes latines de Thomas More, que l’oratrice signale comme la première à sa connaissance. Le travail ne se limite pas à la traduction : il restitue l’architecture du recueil de 1520, articulant l’épître dédicatoire de Beatus Rhenanus, les Progymnasmata comme exercice scolaire de traduction comparée avec William Lily, la lettre à Henri VIII et les épigrammes proprement dites. La communication met en évidence un point souvent négligé : le More des épigrammes de 1509-1520 est un humaniste en début de carrière, courtisan et thuriféraire d’Henri VIII, célébrant l’avènement d’un âge d’or libéral et la fin des taxes d’Henri VII, ce qui contraste fortement avec l’image du martyr opposé au divorce royal. L’analyse du dispositif de l’Utopie, avec le nom d’Hythlodée comme signal ironique, et l’anecdote des lecteurs l’ayant pris au sérieux, éclaire la réception renaissante du texte. Enfin, la mise en série des sources antiques et modernes (Plaute, Ésope, Martial, les théoriciens italiens et français du genre) montre comment More travaille dans un cadre générique codifié tout en y imprimant une manière reconnaissable, faite de sel tempéré par la douceur.

Pour aller plus loin :

  • Thomas More — Notice biographique couvrant la carrière politique, l’opposition à Henri VIII et la postérité de l’œuvre.
  • Utopie (Thomas More) — Présentation du dispositif littéraire du récit et de sa réception, utile pour comprendre l’anecdote rapportée par Beatus Rhenanus.
  • Épigramme — Définition et histoire du genre, de l’Anthologie grecque à Martial et à ses avatars renaissants.
  • Érasme — Contexte de l’amitié avec More et de l’humanisme chrétien européen.
  • Néolatin — Cadre général de la production littéraire latine de la Renaissance, dans lequel s’inscrivent les épigrammes de More.
  • Beatus Rhenanus et Willibald Pirckheimer — Humanistes correspondants, respectivement éditeur rhénan et juriste allemand, dont l’échange ouvre le recueil de 1520.
  • William Lily — Grammairien anglais et pionnier de l’enseignement du grec, partenaire de l’exercice de traduction des Progymnasmata.

325 mots

Profil radar

Le profil est celui d'une communication savante spécialisée : quantité et qualité d'information élevées, niveau technique soutenu par la manipulation constante de textes latins et de catégories rhétoriques antiques, fiabilité adossée à des éditions critiques identifiées. Le seul fléchissement concerne la vérifiabilité immédiate pour un auditoire non latiniste, certaines références n'étant pas accompagnées de leur localisation précise.

Fiabilité 8/10